21 novembre 2014

La nécessité de chanter

Je n'avais jamais pensé qu'un jour je prendrais des cours de chant. 

Je n'ai pas un don particulier pour cette discipline. Je m'y adonnais peu, à part à l'école en classe de musique, à la messe (sic!) ou parfois dans des soirées avec des amis. Très rarement, je fredonnais sous la douche, massacrant les chansons en m'amusant. Le chant était assez inexistant dans ma vie et je ne m'en préoccupais pas. 

Pourtant un soir, je me suis aperçue que chanter était un moyen d'expression extraordinaire, un cadeau de la vie de nous avoir doté chacun à la naissance d’une voix au timbre unique. Je ne saurais décrire ce que j'ai ressenti ce soir-là, c'était un besoin presque animal, primitif. 

J'ai commencé les cours de chant il y a six semaines. Certains cours sont difficile émotionnellement. J’ai l’impression d’être nue, dépouillée de mes certitudes. Souvent je n’ose pas donner pleine puissance à ma voix. Certains sons restent encore fébriles, comme perdus dans les tréfonds de mon être, là où s’entassent mes coffres de peurs qu’il est temps de vider.

Je me sens timide, gênée. Parfois la honte m'envahit, celle qui fait que l'on se sent petit, pas à la hauteur, pas assez doué, pas assez bien. Plusieurs fois, j'ai eu envie d'abandonner. Je me disais que ce n'était pas fait pour moi, inutile, à quoi bon puisque je n'avais pas naturellement un don  pour cet art. Pourtant, au fond de moi, résonnait cette voix qui voulait que je lui fasse de la place.

J'apprends à accepter de ne pas chanter juste, à laisser au corps et au coeur le temps, la patience de se révéler, de se dépoussiérer. Chanter m'autorise à dévoiler une partie de mon âme que je n'arrive pas à dire ni à écrire. Chanter allège les poids que j'ai sur mon estomac et  les transforme en plumes d'or.

Hier soir, dans ma cuisine, en préparant le dîner, j’ai chanté à en faire trembler les fenêtres, chanté à en déranger les voisins, un chant profond, revigorant, qui m’a émue aux larmes, l’écho d'une voix qui s’est tue pendant trop longtemps. 

18 novembre 2014

Le vide

Plus d'un mois sans un mot écrit, sans quelques lignes griffonnées sur un carnet. Mon clavier est mutique. Silence radio. Le calme plat. Comme un téléphone mis en mode silence qu'on oublie de réactiver. Cela m'a semblé comme une mort intérieure. 

La page blanche totale. Pire que blanche, la page invisible, l'absence de page. Pas même une idée. Un océan de riens. L'insomnie me fait tellement mal que j'ai l'impression parfois qu'elle me fige intérieurement et m'ampute d'une partie de mon ressenti. 

C'est une période que j'essaie pourtant d'accueillir avec bienveillance. Je ne l'aime pas particulièrement mais elle vient me rappeler ma vulnérabilité et la nécessaire humilité en toute chose. C'est un cadeau déguisé de la vie qui a juste un emballage déplaisant.

 J'aimerais des mots qui coulent comme les gouttes de pluie le long des vitres ces jours-ci. Des mots doux et puissants. Des mots comme des perles d'argent qui viennent mourir à mes fenêtres. 

2 novembre 2014

Poème de novembre

Toi-moi
Par l'univers-planète univers à toute bride 
Par l'univers-bourdon dans chaque cellule du corps

Par les mots qui s'engendrent 
Par cette parole étranglée 
Par l'avant-scène du présent 
Par vents d'éternité

Par cette naissance qui nous décerne le monde

Par cette mort qui l'escamote

Par cette vie

Plus bruissante que tout l'imaginé

TOI
Qui que tu sois! 
Je te suis bien plus proche qu'étranger.
Andrée Chedid, Poèmes pour un texte

3 octobre 2014

Village abandonné

Cet été en Croatie, mes pas m'ont emmené vers ce hameau abandonné. Une dizaine de maisons en pierre serties de volets vert émeraude blanchis par le soleil et l'iode, me regardaient. 

Çà et là, la nature avait repris ces droits. Un tapis de mauvaises herbes ornait les pavés de la place principale. Les jardins étaient encerclés de ronces et d'herbes hautes. 

Les villages abandonnés sont fascinants et intrigants. Les habitants ont-ils tous quitté les lieux au même moment? Pourquoi ces maisons n'ont-elles pas trouvé de nouveaux acquéreurs?

Pas une âme, pas un cri, pas même des pas qui claquent au loin, juste le souffle du vent. 
Pourtant nous regardions  mon ami et moi chacune de ces maisons attentivement et nous attendions que quelque chose se passe. Comme si ce village pouvait reprendre vie à tout moment, comme si quelqu'un allait surgir à l'improviste d'une des portes d'entrée et traverser la place. 

1 octobre 2014

Poème d'octobre

Les grenades

Dures grenades entr'ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.


Paul Valéry, Charmes

29 septembre 2014

Cette fille-là

Si je ne suis pas cette fille-là, qui suis-je alors? Qui suis-je derrière mon éducation, derrière les conventions? Si mes croyances les plus profondes sont erronées, qui suis-je alors? 

N'est-ce pas le sous-titre de mon blog"a meaningful life" "une vie qui a du sens". Quel est ce sens pour moi?

Je ressens depuis quelques temps déjà une mue, comme une ancienne peau dont je ne sais que faire et une nouvelle que je ne connais et ne comprend pas encore bien.

28 septembre 2014

Ton ombre gracile

Le reflet de ton âme coiffe les pavés de dentelle gris perle
Des rayons de larmes

La ville s’évanouit sous des brouillards argentés
Miroirs de nos nuits inachevées

L’empreinte de ton souvenir perle dans les gouttières des toits endormis
L’écho de ta voix se dissipe dans les fleurs de l’orage

Une flaque de soie lave ton ombre gracile
emportant avec elle les débris des saisons fanées
Sans toi l’horizon se couche dans l’oubli

 

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