18 septembre 2014

En face

Un linge pâle à la fenêtre
Ondule sous l’écho de ton rire.
L’oiseau de printemps virevolte
Au-dessus des toits de tuiles.
Je cherche le paysage de tes yeux
dans les plis du vent.

17 septembre 2014

Livre vivant

J’annote les livres, je souligne certains passages. Une fois ouvert, le livre devient vivant comme une matière faite pour être froissée, cornée, embrassée. 

Au milieu du livre, une tache de café glisse sur les mots. Certaines pages sont imprégnées d’une larme, d’une goutte de l’eau du bain. D’autres portent des traces de miel en bas de page, témoins de ma gourmandise. L’été, des grains de sable se nichent entre les lignes. Le livre s’invite dans mon quotidien et partage mes plaisirs et mes peines.

N’est-ce pas Kandinsky dans son ouvrage Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier qui disait de Cézanne qu’ «il savait faire d’une tasse à thé une créature douee d’une âme, ou plus exactement reconnaître dans cette tasse un être. Il élève la "nature morte » à un niveau tel que les objets extérieurement «morts» deviennent intérieurement vivants. Il traite ces objets de la même façon que l’homme, car il avait le don de voir partout de la vie intérieure. » 

Le livre est vivant. Je lui offre mes yeux, il me donne le monde.

15 septembre 2014

Au parc

Allongée dans l’herbe, j'ai souri en pensant à Eckart Tollé. Je me suis souvenue du début de l’ouvrage Le pouvoir du moment présent dans lequel il raconte avoir passé ses journées  pendant deux ans dans un parc à apprécier la vie.

Je me suis rendue compte que je n'avais pas encore prêté attention aux arbres du parc, au relief de leur écorce, à leur hauteur, à la forme de leurs feuilles. Certains penchaient légèrement vers la gauche. D’autres avaient des branches basses. 

En bordure du parc, je distinguais des marronniers, un saule pleureur, des tilleuls, un érable et un magnolia. Les arbres du fond commençaient à roussir, prémices de l’automne. Je les contemplais un par an, admirant le mouvement aérien de leurs branches sous la brise de septembre. 

Je n’avais jamais autant regardé les arbres et cela m’emplissait de douceur. Je m’enivrais du dégradé de couleurs qu’ils m’offraient: vert émeraude, vert bouteille et vert mousse.

Je me délectais de la beauté de leurs feuilles : arrondies, en amande, pointues, fines, larges. J’étais subjuguée par leurs rainures délicates, par le soleil qui s’y mirait comme un médaillon d’albâtre. 

Pendant ce temps de pur bonheur et de complétude, j’étais en paix. Une paix profonde que je ressentais dans mon plexus solaire qui se détendait petit à petit, dans mes épaules, dans mes doigts de pieds, dans mes paupières. La nature m’apparaissait comme un flux d'or qui se faufilait dans ma bouche et parcourait mes membres. 

Je percevais une intense communion entre la nature et mon intériorité. Elle résonnait dans mon corps. Mon corps ne faisait qu’un avec ce tapis d’herbes et de trèfles, un avec la terre. Je m’émerveillais de cette sublime solitude choisie.

La nature est divine comme elle est, comme chacun de nous. Ce poème de Bing Ying extrait du livre de Fabienne Verdier Passagère du silence me revient en mémoire: 
Humble fleur dressée au creux d’un mur
Ton bonheur d’être toi-même te suffit
Pour être au centre de l’univers

11 septembre 2014

Les mots

J'aime les mots, leur volupté, leur arrogance, leur audace, leur douceur, leur sauvagerie, leur pudeur. Quand j'écris, je suis en vie.

10 septembre 2014

Aller dans la bonne direction

Le doute m'assaille encore parfois dans l'après-midi ou au creux de la nuit: Et si... Et si finalement j'étais faite pour le droit? Je pourrais retourner en cabinet ou en entreprise et mener une vie "normale", avoir un salaire.

Ce doute est encore douloureux. Il survient moins souvent qu'avant parce que je suis chaque jour plus convaincue de mon choix. Mais parfois je n'arrive pas à l'écarter de mon esprit. Il s'empare de moi quelques heures ou bien quelques jours. Je l'écoute. Je ne cherche plus à simplement l'étouffer parce que la vie m'a montré que c'était inutile. Après tout, je sais bien qu'au vu de mes longues études c'est une question légitime. 

Je n'oublie pas mes interrogations du passé. Est-ce cela l'essence de ma vie? Comment puis-je me rapprocher davantage de ce pourquoi je suis ici sur terre? La profession d'avocat est passionnante mais je ne crois pas que j'aurais pu exprimer toute ma palette d'émotions et devenir celle que je suis.

N'est-ce pas la dynamique intellectuelle, le statut social et le confort matériel qui me poussaient vers cette voie? Mais qu'en est-il de ma créativité? De ma sensibilité? J'ai envie de travailler pour une cause qui me tient à coeur. 

Je ne sais pas encore quelle direction donner à ma vie. Faut-il toujours savoir quelle direction donner à sa vie? Faut-il toujours être dans l'action, dans le faire? Je cherche une direction qui ait un sens et non pas empiler les objectifs et faire les choses les unes après les autres comme une liste de courses sans fin, qui n'aurait pas de sens sinon de m’occuper l'esprit pour que je ne sente plus ce vide en moi. 

Je ne souhaite pas me jeter dans le faire juste pour ne pas souffrir et ne plus Être. J'ai envie d'Être sans que mon bonheur ne soit conditionné par la réalisation avide d'objectifs infinis. Être simplement heureuse d'être en vie, de respirer, d'admirer la lumière du jour, d'avoir des rêves. J’ai besoin de spiritualité, de chercher mon essence, de creuser, de comprendre le sens de la vie, le sens de ma vie. 

9 septembre 2014

Le goût des choses anciennes

Attirée par ce qui a une histoire, un vécu, j’aime les meubles et objets qui traversent le temps. Je me surprends à rêver et à imaginer la vie de leurs différents propriétaires.

Je chine dans les brocantes, les vide-greniers, les marchés. Il m’arrive de tomber en extase devant les détails d’un meuble crée par un artisan. Je récupère aussi des objets de famille. 

Il y a six mois, j’ai vu une annonce d’un « vide-maison » dans un journal. Leur grand mère étant morte, ses petits-enfants après avoir choisi les meubles et objets qui les intéressaient, ont organisé « un vide-maison ». Curieuse, je m’y suis rendue sans trop savoir à quoi m’attendre. J’ai été charmée par cette maison 1920 douce et bienveillante qui sentait les livres jaunis par le temps.

Une cuisine comme si sa propriétaire y était encore et qu’elle s’était absentée pour faire une course: des louches, des casseroles cabossées, des instruments en bois, des assiettes en porcelaine de Gien, des brocs, des plats en terre cuite, un casse-noix, des poêles d’avant la période Téflon et des passoires un peu gondolées. La cuisine donnait sur un petit jardin bien entretenu. 

L’étage composé de trois chambres est presque vide. Un lit d’une personne et-demi semblable à ceux qui se trouvent chez mes grands-parents, une immense armoire en chêne. Je ressens un peu de nostalgie d’un temps qui n’existe plus.

Dans la salle à manger, des livres et des bibelots. Mes yeux s’arrêtent sur ces quatre chaises. Je suis conquise par leur finesse, leur courbure délicate. Elles m’appellent, m’ordonnent de les emporter avec moi. Elles trouveront refuge dans mon salon. 

Une fois rentrée, je les regarde. Je sens l’âme, la présence de leur ancienne propriétaire, cette vieille dame qui me sourit. Elle sait que je prendrais soin de ses chaises.

6 septembre 2014

Notre part sacrée

Parfois trompée par les apparences, je me suis égarée sur les sentiers du monde et ai perdu ma confiance en moi, en la vie. Bercée par les illusions, j'en ai oublié ma part sacrée.

Le sacré est ce qu'il y a d'inaltérable, ce que ni la mort ni les intempéries de la vie ne sauraient reprendre. Nous possédons tous ce sacré quelque soit notre parcours de vie. Il se niche au creux de notre être, là où il n'y a de place que pour le cœur.

Habitée par la nécessité intérieure d'explorer les souterrains de mon âme, je recherche sans cesse des traces de sacré dans les plis de l'univers.

En prêtant davantage attention à ma respiration, en écoutant les murmures du silence, en m'efforçant de sentir les frétillements de la nature, en contemplant le cycle immuable des saisons et de la lune, en tendant la main à l'autre,  je me rapproche de ce sacré. Je laisse alors mon âme danser sous la voûte colorée de l'univers. 

Lorsque nos rêves et nos désirs sont en accord avec notre part sacrée, nous rayonnons.  Notre vie et celle des autres est illuminée de cette source de joie inépuisable. 

 

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